L’homme de foi réconcilie tout ce qui est ennemi. French-Australian Association, 2002

French-Australian Association

2002

St Patrick’s Cathedral

L’homme de foi réconcilie tout ce qui est ennemi.

Qui connait l’histoire sait bien que les rapports entre l’Église et l’État n’ont pas toujours été des plus faciles. Cela fut toujours le cas. Dans l’évangile d’aujourd’hui, les Pharisiens et les Hérodiens s’approchent de Jésus. Ces deux partis jugeaient différemment le rapport entre le Peuple de Dieu et l’Empire Romain. Les Pharisiens de leur part acceptait la tutelle romaine pourvu qu’on les laisse poursuivre leurs pratiques religieuses personnelles, alors que les Hérodiens, partisans du roitelet Hérode, fils du grand Hérode, cherchaient l’Independence politique. Unis seulement par leur haine commune contre Jésus ces deux groupes s’approchent de lui et posent la question suivante. « Est-il permis de payer l’impôt à l’empereur? » question soigneusement formulée à laquelle ils n’envisagent que deux réponses possibles: oui ou non. Mais Jésus leur dit: « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » La réponse les laisse ébahis.

Sa réponse tient-elle en partie de l’inscription sur la monnaie de l’impôt dont la légende lisait: « Tibère César, fils du divin Auguste.’ »Seuls les deux mots ‘César’ et ‘divin’ étaient écrits en entier. Quoi qu’il en soit, Jésus évite le piège et donne un enseignement de première importance.

Dans une même société l’État et l’Église ont leurs droits, tout comme chez l’individu le corps a ses droits, pour ainsi dire, et l ‘âme aussi. La raison et le sentiment tous les deux jouent un rôle. Les larmes et le rire, le loisir et le travail, enfin tous les aspects de la personne et de la société s’harmonisent chez l’individu bien équilibré. Par contre, la raison dépourvue de sentiment est insupportable. Une vie sans mystère se décolore. Là où la science semble tout réduire à la mathématique, on cherche la déraison, car l’excès provoque l’excès. L’homme raisonnable cherche la juste mesure pour y trouver enfin la paix du cœur. L’homme de foi réconcilie tout ce qui est ennemi.

L’Association Franco-Australienne assiste chaque année à la célébration eucharistique dans la Cathédrale à laquelle elle invite les représentants des autorités de la France et de l’État de Victoria. Elle souligne de cette façon que l’Église et l’État ne sont pas opposés mais collaborent pour le bien de tous. De plus, cette célébration cimente le rapprochement de deux pays éloignés l’un de l’autre, la France et l’Australie, dont l’amitié date des premières années de la colonisation européenne. La Pérouse, le grand explorateur français, fut courtoisement accueilli par le Gouverneur Phillip quelques jours après l’arrivée du First Fleet à Sydney. Les Capitaines Nicholas Baudin et Matthew Flinders se sont rencontrés amicalement près de cette partie de la côte Australienne que Baudin dénomma Terre Napoléon et qui est maintenant l’État de Victoria. La France et l’Australie étaient alliées pendant les deux guerres mondiales. Cette célébration eucharistique montre que l’Église, parce qu’elle n’est liée à aucune forme civique, est capable

de réconcilier les États.

Ce vingtième siècle a connu les théocraties où une religion particulière veut écraser tout point de vue contraire. De même ce siècle a vu les tyrannies bafouer la liberté religieuse et mettre en ridicule les croyances. César a sa part, mais Dieu aussi.

Ou donc est le juste chemin? Où trouver la sagesse. Les Pharisiens et les Hérodiens commencent par dire à Jésus « Maitre … donne nous ton avis? » Mais ils ne sont aucunement dociles. Ils en veulent à Jésus de prôner une sagesse qui les dépasse. Leur esprit est ferme à tout sauf leur propre avis. C’est pourquoi Jésus réplique sèchement: « Hypocrites. Pourquoi voulez-vous me mettre dans l’embarras. » En ripostant de la sorte il expose la mauvaise foi de ces partisans de la synagogue et du palais. Le chemin de la sagesse suppose une ouverture de l’esprit, une souplesse, une docilité. Le disciple attentif ne se laisse influencer par personne, il est sans crainte et cherche la vérité à tout prix.

La réponse de Jésus est toujours valable et son élaboration actuelle varie selon les circonstances et n’est pas toujours facile à déterminer. L’économie, la culture et l’agriculture, la vie familiale et civique, les rapports internationaux, tous les aspects de la société ont leur propre nature qu’il faut respecter. Mais Dieu est l’origine et le destin de ce monde. Il faut donc respecter et le Créateur et la créature. Il faut respecter l’Église qui prophétise au nom de Dieu et respecter l’État à qui il revient de promouvoir la justice et le bonheur. César se situe dans le temps mais nous cherchons à dépasser le temps et à entrer dans le mystère du Dieu éternel.

 

 

The gospel text today relates one of the most famous and most difficult sayings of Jesus. It concerns the relationship of God, the ruler of all, and Caesar, the ruler of the Roman empire; or in more modern terms, Church and State.

The relations between Church and state have always been complex and changeable. In Jesus’ own time the Pharisees were content to live under Roman law as long as they could continue their religious practices unhindered whereas the Herodians sought political independence. These two groups are united only in their opposition to Jesus and in laying a trap for him. He escapes the trap by uttering the famous phrase: “Give unto Caesar what belong to Caesar and to God what belong to God.” Both the State and the Church have their role to play in society just as in a well-balanced personality, both body and soul, reason and emotion, tears and laughter, work and play: all have their appropriate place. How they are to be balanced at any particular moment is the work of wisdom.

Each year the French Australian Association invites representatives of the French and Victorian Governments to this Eucharistic Celebration, and by so doing shows that Church and State can work together for the common good. This Mass brings together people from opposite sides of the globe and emphasises that the relationship of France and Australia is the oldest international link this country has had since European settlement. Indeed, the part of Australia now called Victoria was first called Napoleon Land.

How are we to find the wisdom which points to the proper relationship between Church and State? The Pharisees and the Herodians pretend to be disciples of Jesus but he sees through their hypocrisy. Only the true disciple, who has an open mind and is attentive to all Jesus’ teaching, will discover welling up in him the wisdom and fineness of judgment which points the way forward. Both God and Government have their rights but earthly rule is fixed in time whereas we wish to transcend time and to enter in the mystery of the eternal God. It is possible to go beyond time only by living through time, by rendering both to Caesar and to God.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

L’homme n’est pas sauvé s’il est sauvé par autre que l’homme. French-Australian Association, Mass, 1989

French-Australian Association

1989

St Patrick’s Cathedral

L’homme n’est pas sauvé s’il est sauvé par autre que l’homme.

L’année passée nous avons célébré le bicentenaire de la colonisation européenne de l’Australie. Cette année-ci nous célébrons le bicentenaire de la révolution française. L’Association Franco-australienne se trouve entourée de célébrations.

L’un de ces évènements a fondé une prison, un goulag, au bout du monde; l’autre a établi les droits de l’homme dans ce qui était, pourrait-on dire, la capitale de l’occident.

Deux évènements bien différents, mais aussi assez semblables. L’ancien régime était comme le juge injuste de l’évangile qui ne craignait ni Dieu ni l’homme et n’écoutait pas la plainte de la veuve qui demandait justice. De même pour les prisonniers de Botany Bay ; rejetés de leur terre natale, ils se croyaient abandonnés par Dieu. Qui pourrait bien les sauver de cette prison au bout du monde. Pour survivre il fallait durcir et la peau et l’âme.

Puisqu’il semblait que Dieu n’écoute pas, que ce Dieu injuste détourne ses yeux de la détresse humaine, ii fallait chercher le salut ailleurs. Chez les uns, la raison allait garantir le bonheur des hommes; chez les autres, c’est le refus de tout espoir. Seulement en refusant tout espoir de choses plus grandes pouvait-ils se contenter du peu de bien qui leur arrivait.

Les philosophes prônaient la raison. La raison soutenait volontiers qu’il y a un Dieu créateur de l’univers qui avait prévu tous les besoins. La Providence a voulu que tout soit à la main de l’homme pour son bonheur. Il fallait seulement que l’homme découvre, par son intelligence, les moyens nécessaires. C’est le déisme du siècle des lumières. Pas de question de prier ce Bon Dieu. Il était plus lointain que le roi soleil à Versailles. Pas de question de s’en approcher. La prière était donc inutile face à l’injustice.

L’Église a commencé par soutenir la révolution. Le début de la révolution, c’est à dire, le rassemblement des États Généraux, commença par une procession du très Saint Sacrement. Par la suite, l’Église en a pris peur, à la vue des excès. Cet enfantement terrible – les massacres, la destruction des monastères, la refonte totale de la société sur la base de la raison, les fêtes religieuses au Champ de Mars conçues par Robespierre – était scandaleux. La révolution avait l’air d’un monstre à cause de cet enfantement du monde moderne accompagné d’une telle perte de sang.

Il a fallu un siècle pour que l’Église s’adapte à la démocratie. On n’abandonne pas si facilement une façon de voir vieille de 15 siècles. Maintenant l’Église se propose comme défenseur de la démocratie. La révolution française a fait la révolution de l’Église.

De même il a fallu un deuxième siècle pour que l’Église puisse voir les vérités cachées dans le marxisme. Il n’est pas facile de changer de point de vue, de rester fidèle aux vérités reçues et en même temps d’accepter les vérités nouvelles.

Le quatorze-juillet passé, deux siècles après la prise de la Bastille, on se réunissait sur la Place de la Concorde. Cette fois-ci, sur le balcon de l’Hôtel de la Marine se trouvaient, non pas un roi, mais les chefs des sept nations industrialisées majeures. En bas sur la Place s’assemblaient des gens en grande partie venue des pays en voie de développement. Celle qui chantait La Marseillaise n’était pas une actrice européenne, mais une négresse habillée du tricolore, grande et puissante. N’y voyait on pas une nouvelle féodalité, basée cette fois sur la puissance industrielle des nations du nord. Les pays du sud demandent la justice.

Quel est le rapport entre ces évènements et l’évangile qui nous est proposé aujourd’hui? La raison des philosophes refuse la prière. L’évangile nous dit, par contre, qu’il faut imiter la veuve qui ne cesse de prier. Quelle est donc cette prière? C’est la prière de la foi, la prière qui découle de l’union avec Dieu. Le Christ, qui est de la substance de Dieu, prie. II prie, il agit, il accomplit. La prière n’est pas marque d’impuissance mais la condition de ceux qui sont unis au tout-Puissant. La prière est la reconnaissance du rapport qu’on a avec le Dieu qui mène le monde à son destin. La prière ne consiste pas à adoucir la volonté d’un Dieu qui ne veut pas notre bien. La prière est l’union de nos volontés avec la volonté de Dieu, ayant avec lui, dès le début, la même volonté.

La raison ne suffit pas parce que l’homme est plus que raisonnable.

De tout temps l’homme est le vice-gérant de Dieu sur terre. Dieu ne fera rien sans l’homme. Inutile de la part Dieu de sauver sans l’aide de l’homme. L’homme n’est pas sauvé s’il est sauvé par autre que l’homme. Dieu refuse de sauver sauf par la main de l’homme. Nous voilà au centre de notre foi chrétienne : Dieu sauve par l’intermédiaire du Christ, le Dieu-homme, et de tous ceux qui sont de lui. Dieu écoute parce que l’homme écoute.

Nous allons, par contre, continuer à croire que Dieu n’écoute pas tant que nous sommes nous-mêmes sourds à l’appel de nos frères. Il est facile de croire que Dieu n’entend pas parce qu’on voit trop bien que l’homme soit sourd. Dieu n’est pas sourd. C’est nous qui refusons de subvenir aux besoins.

Aussitôt que nous nous tournons, en simplicité, vers nos frères en besoin, nous verrons que Dieu est bienveillant envers l’homme.

L’homme sera la source des biens de l’homme. Nous deviendrons nous mêmes Christ, Dieu-homme envers nos frères. Voilà l’humanisme chrétien. Le plus grand destin de l’homme est d’être capable de devenir comme Dieu.

Quand on étendra la main remplie de pain on prendra gout à faire les dons. On voudra donner ce qu’il y a de plus nourrissant, de plus excellent, de plus signifiant, ce qui nourrit l’âme, le cœur, le corps. Nous voudrons donner l’eucharistie, qui sera le début et la fin de toutes les révolutions.

 

Last year, we celebrated the bi-centenary of European colonisation. in Australia. This year is the bi-centenary of the French revolution which is commonly regarded as marking the start of the modem world.

At first the Church was in favour of the revolution but became traumatised by its excesses. It took some hundred years before the Church was able to accept the democracy of which we are now the ardent promoters. Likewise, it has taken another century for the Church to accept the many truths hidden in Marxism and to see its obligation to press for justice in the social order.

Both the Ancien Regime in France and the harshness of the Australian country seemed to make a mockery of any idea that God was concerned with mankind. Why pray since God seems unconcerned with our distress? Both men and the landscape remain unmoved by our tears.

Yet the Gospel encourages us to pray. Our prayer is not directed to one whose heart we would wish to turn in our favour. Our prayer is a union of will with him who has our destiny as his concern. Prayer is a union of wills.

At the same time, we cannot pray to God unless we listen to the prayers of those who call on him. Why should God show he listens to us when we are deaf to our brother’s plea? Once we have begun to hear the cry of the poor we shall notice how willing God is to hear. Once we have begun to be like him and listen to those in distress, we shall know what it is to pray.

The seeming silence of God is the great scandal of our century. If we listen to the poor who cry to heaven for help, we shall know that God is not nor has ever been deaf to prayer. We shall know that all is accomplished by prayer and nothing occurs without it.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

L’amour est plus fort que la mort. Radio 3EA, Pâques, 1992

Radio 3EA

1992

Message de Pâques

L’amour est plus fort que la mort.

Le nom de Nelson Mandela est bien connu. Il a passé sa vie à lutter contre l’apartheid en Afrique du Sud. Il fut emprisonné pendant vingt-sept ans. Quel long martyre! Je ne sais pas grand-chose sur la politique de son parti. Ce qui m’a frappé c’est qu’après vingt-sept ans de prison il en est sorti sans rancune, sans désir de revanche. Ses discours sont intelligents, raisonnés, sans fanatisme, effectifs parce que justes. Nelson Mandela me donne une première idée de ce que nous célébrons à Pâques.

L’origine étymologique du mot ‘Pâques’ reste inconnu. Le sens de Pâques est pourtant bien clair. Jésus est venu proclamer la vérité. Il parle avec autorité, nous disent les évangiles, parce qu’il parlait de lui-même. Il est lui-même la Parole qu’il dit. De plus, c’est l’amour qui fait parler. C’est l’amour qui lui donne la force continuer de parler face à la réaction de ceux qui préféraient leur mensonge. Mais le mensonge ne tolère par la vérité. Il fallait le taire. On l ‘a fait atrocement. On l’a crucifié.

Quel malheur que le souvenir de la mort de Jésus soit remplacé chez bien des gens par les œufs de chocolat et les poussins. Notre société de consommation s’attache à tout ce qui se mange. Pâques est redevenu le secret des chrétiens.

L’amour est plus fort que la mort. Si Dieu existe il ne peut laisser au tombeau celui qui’ l’a révélé. Si Jésus est la Parole de Dieu, il parle toujours. Si Jésus est l’amour de Dieu envers, il nous aime toujours.

La foi chrétienne veut que Jésus vive toujours, mais non pas de la même façon que nous vivons. Nous restons situés dans le temps, limités dans l’espace. Il a connu la mort jusqu’au tréfonds. Il faut donc qu’il connaisse une vie sans bornes. Quelle est cette vie? Nous le savons au fur et à mesure que nous passons par le même chemin.

On voit chez Jésus de Nazareth le jeu de la vie et de la mort, le mystère du mal et du bien – mystère que nous savons être au cœur de l’existence humaine. La vie et la mort se rencontrent pleinement chez Jésus de Nazareth. Pour ceux qui comprennent ceci, il n’y a plus de peur ni de la mort ni des petites morts: les pertes, les manques. Comme dit Saint Paul: « Oè est-il, O mort, ton aiguillon? » Sans cette peur, la vie recouvre son charme, on retrouve une joie et une paix étranges, intarissables.

Que la paix de cette saison soit avec vous tous.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

L’homme est juste ou il n’existe pas. French-Australian Association, Mass, 1995

French-Australian Association

1995

St Patrick’s Cathedral

L’homme est juste ou il n’existe pas.

Il y a presque vingt ans j’ai fait un voyage en Chine. C’était tout juste quelques mois après le renvoi de la Bande des Quatre. On nous a fait visiter un ancien temple dans les environs de Canton ou les gens flânaient en grande nombre mais ne rendaient plus le culte. A ma demande si on croyait encore aux dieux le guide m’a répondu – et je cite – les dieux n’avaient pas subvenu aux besoins du peuple et pur cette raison on les a congédiés. Ce n’est pas que les dieux n’existaient plus mais qu’on n’y avait plus confiance. Ils étaient mis en retraite.

Dans l’évangile, Jésus dit au peuple qui l’écoute: « Dieu ne sera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit. »

Dieu est juste ou il ne l’est pas. Une des raisons pour le manque de foi de nos jours est le sentiment que la prière est inutile. Pourquoi croire en Dieu si Dieu n’exauce pas nos prières. On voit partout dans le monde les pauvres, les opprimés. Les enfants innocents, comme disait Albert Camus dans La Peste sont atteints du fléau autant que les méchants.

On pourrait s’écrier, ‘Dieu, pourquoi ne fais-tu rien. Mais le Seigneur pourrait bien nous répliquer: ‘Vous voyez bien les pauvres, les malades. Et vous avez les moyens, toutes les richesses de la terre. Pourquoi ne faites-vous rien?’ L’homme est juste ou il n’existe pas.

II y a un rapport étroit entre la justice humine et la justice divine. Le prophète Isaïe l’a déjà dit:

« Si tu bannis de chez toi le joug, le geste menaçant et les paroles méchantes, si tu te prives pour l’affame et si tu rassasies l’opprime, ta lumière se lèvera clans les ténèbres et l’obscurité sera pour toi comme le milieu du jour. Le Seigneur sans cesse te conduira, il donnera la vigueur à tes os et tu seras comme un jardin arrose. En devenant juste nous voyons que le ciel est juste. »

On trouve, à Calcutta, ville ‘dont, on a dit, l’éclatement parait imminent,’ le temple de Kālī. Chaque jour, à midi, on amène les chèvres dont on verse le sang devant la statue noire de la déesse. Par une ironie toute divine, c’est dans une pièce du même bâtiment que la Mère Teresa a fondé sa première infirmerie. Les voilà, les deux symboles féminins de Calcutta, la déesse Kālī et la Mère Teresa. Au cri désespéré des pauvres, le Seigneur a envoyé cette petite religieuse. Nous célébrons le Dimanche des Missions aujourd’hui. La Mère Teresa nous dit: ‘Aujourd’hui quelqu’un souffre clans la rue et a faim. Nous n’avons qu’aujourd’hui à nourrir, habiller, protéger Jésus lui-même qui est le pauvre’.

Mais aussi, en choisissant la justice clans ce monde qui est un mélange de bien et de mal, nous allons rencontrer la rancune et l’opposition, la mécompréhension et la haine. On ne peut pratiquer la justice sans connaitre la croix. En tenant ferme on verra, en soi-même, le Christ qui est resta fidèle jusqu’à la fin.

Saint Paul le sait bien. II recommande à son disciple Timothée de proclamer la bonne nouvelle à temps et à contretemps. On ne choisit pas ce qui est juste parce que les gens l’approuvent. On fait le bien parce le bien s’exige.

L’association Franco-Australienne cherche à développer les rapports d’amitié entre deux peuples aux antipodes l’un de l’autre. Cette amitié, comme toute amitié, sera éprouvée. Elle fut fondée il y a plus de cinquante ans. Ni le temps ni les changements n’ont su disloquer cette association parce que son propos est juste. On vous félicite et on vous dit bien clairement que la justice de votre propos vous fera voir le Dieu qui nous fera prompte justice.

 

 

 

Many years ago, I went to China, shortly after the Gang of Four had been ousted. We were taken on a tour of a temple where many people wandered around but where no worship was conducted. I asked the guide if the people still believed in the gods. The guide replied that the gods had failed to come to the help of the people. Therefore, had they had been retired. That was her phrase, ‘they had been retired’.

In today’s gospel Jesus says, “Will not God do justice to those who cry to him day and night.”

God is either just or he does not exist. One of the reasons for lack of faith today is the sense that God does not hear our prayers. The innocent as well as the wicked suffer the same plagues. We could cry out, ‘O God why do you not act?’ But he could just as well reply to us ‘You have the poor before your very eyes, you have the means and the wealth of the earth. Why do you not act?’ The human person is either just or is not.

There is a close rapport between human justice and divine justice. The prophet Isaiah has said “If you do away with the yoke, the clenched fist, the wicked word, if you give your bread to the hungry and relief to the oppressed, your light will rise in the darkness and your shadows become like noon. YHVH will always guide you, he will give strength to your bones and you shall be like a watered garden.”

The French-Australian association seeks to develop the bonds of friendship between two peoples on opposite sides of the globe. This friendship, like every friendship, has been tested. Neither the passage of time nor changes in temperament have been able to sunder this association. The making of bonds of friendship is one of the works of justice. In this work the justice of God is seen.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

L’amour nous rend fort et faible à la fois, SBS Radio,Noël, 1995

SBS Radio,

1995

Message de Noël

L’amour nous rend fort et faible à la fois.

Ces derniers jours, la ville de Bethlehem fut remise aux Palestiniens.

Les soldats Israël s’en sont décampé. Avant eux, c’était les anglais, et avant eux, les Turques, avant eux les Arabes, les Perses, les Byzantins. Tant d’armées sont passés par là et s’en ont allé. L’histoire a bien secoué la Terre d’Israël.

Les Perses vers le début du septième siècle ont mis à sac toutes les églises de la Terre Sainte, sauf une, la basilique de la Nativité à Bethlehem. On dit que c’est parce qu’ils ont vu dépeints sur les parois les rois-mages habillés de vêtements perses. Par respect pour leur propre peuple les soldats ont épargné ce qui est maintenant la plus ancienne basilique byzantine construite, dit-on, sur l’endroit où le Divin Enfant fut né.

Il s’est vêtu de notre chair pour qu’on respecté la chair humaine. Il est devenu enfant pour qu’on ne fasse aucun mal aux enfants. Dieu s’est fait homme pour qu’on vénère l’humain.

Les mages, selon l’histoire racontée chez Saint Matthieu, sont venus de l’Orient. La légende a voulu que l’un soit de peau noire, un autre de peau jaune, le troisième de peau blanche. De cette façon on a fait savoir que toutes les races sont acceptables. L’Enfant ne rejette personne. Il est l’Enfant de tous. Cette leçon on l ‘apprend malaisément.

Le Nations Unies ont déclaré cette année mille neuf-cent quatre-vingt-quinze l’année de la tolérance. Malheureusement la religion est souvent utilisée à des fins intolérantes. Les pires intolérances se voient entre musulmans et hindous, entre catholiques et protestants, entre croyants et athées. La vraie religion n’est jamais dominatrice. L’Enfant est faible. La parole qui sort de la bouche des pauvres crie plus fort que le vacarme des puissants. L’Enfant est impuissant. Il accepte. Il se donne parce que dès le début il aime.

L’amour nous rend fort et faible à la fois. L’amour est plus simple que la haine. L’amour se retire les masques et devient entièrement visible, comme un nouveau-né.

Enfin, les mages découvrent l’Enfant et, s’agenouillant, présentent leurs dons: c’est-à-dire, l’or, l’encens et la myrrhe. De nos jours, les grandes armées du commerce ont envahi l’étable et font la foire à noël et non plus la fête. Mais on a vu passer tant d’envahisseurs. Or verra partir le commerce agressif et les mages continueront à présenter leur tribut. A l’enfant Jésus, ils offrent l’or non pas parce que l’enfant est pauvre mais parce qu’il est riche. L’encens ne sanctifie pas l’enfant. Les mages présentent le saint parfum à celui qui est le Saint de Dieu. La myrrhe préfigure le tombeau parce que l’enfant est voué au sacrifice dès sa naissance. Les mages ne font pas de cadeaux. Il font des signes.

L’intolérance, on le sait, provient d’une faiblesse. On veut à tout prix posséder ; c’est la tentation de l’or. Mais l’enfant a les mains vides et le cœur plein. On veut être admiré ; c’est la tentation de l’encens. Mais l’enfant sait bien ce qu’il est. On immole les autres ; c’est la tentation de la myrrhe. Mais l’Enfant va se présenter lui-même comme l’agneau du sacrifice.

Connaissez-vous la conte américaine intitulée ‘Le don des Mages’. Une jeune femme dont la chevelure est magnifique, se coupe les tresses et les vend pour acheter en cadeau de noël une chaine de montre pour son mari qui, de sa part, a déjà vendu la montre pour se permettre d’acheter des peignes à sa femme. Il n’y a pas d’amour sans don. Il n’y a pas de don sans sacrifice. L’Enfant Jésus nouveau-né est le don tout frais de Dieu qui aima le monde à tel point qu’il n’a pas épargné son Fils. Souhaitons que Bethlehem connaisse la paix dont les anges ont chanté.

Je souhaite que la paix du Divin Enfant soit chez vous et les vôtres ce noël.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

Dieu aime ; donc il s’abaisse, SBS Radio, Pâques, 1996

SBS Radio,

1996

Message de Pâques

Dieu aime ; donc il s’abaisse.

L’ année passée j ‘étais en Inde. Un soir, oisif, je flânais dans la rue et je suis entré dans la cour d’une école. Un professeur m’a abordé et on s’est mis à causer. Alors qu’on marchait lentement par-ci par-là dans la cour, les élevés, en passant, se baissaient et touchaient le pied ou le bas de la jambe du professeur qui accueillait ce geste avec bienveillance.

Toucher le pied du maitre. Geste ancien, geste millénaire. C’est le signe de respect envers le gourou, celui qui nous fait sortir de l’ignorance et nous conduit vers la lumière. On retrouve un geste semblable dans les évangiles. Par exemple, la femme qui embrasse les pieds de Jésus et les lave avec ses larmes parce qu’il fait preuve de la miséricorde; ou les disciples qui se prosternent devant Jésus transfiguré.

Mais on trouve aussi le contraire. Par un renversement qui choque Pierre, le chef des disciples, Jésus leur lavent les pieds. C’est le paradoxe de la foi chrétienne. Le maitre touche le pied du disciple. II aime même ce qui n’est pas aimable. Dieu sacrifice son Fils saint pour les hommes pécheurs. C’est la folie de l’amour. La folie divine n’a pas de limite. Cloué à la croix le Verbe devient muet. A la fin il y’a l‘immense cri et puis le silence.

Mais cette agonie et ce désarroi constituent en effet la Parole suprême, ce qui révèle définitivement le Dieu invisible. Le maitre indien enseigne ; on lui touche donc le pied. Dieu aime ; donc il s’abaisse.

Nelson Mandela, le président actuel du Sud-Afrique, passa vingt-sept ans en prison. Lorsqu’il fut libéré et admis au pouvoir, je m’attendais à des actes de rancune et de revanche. Il aurait pu baigner son pays dans le sang. Mais non, rien de cela. Il a prôné la réconciliation, la justice, et la miséricorde. Il n’est pas dupe, il sait gouverner, mais c’est avec souplesse et honneur. Je ne sais pas grand-chose de sa politique qui doit, d’ailleurs, changer avec les circonstances. Ses souffrances et son caractère me font impression. Il est un des grands de notre siècle. C’est sa part à la croix de Jésus qui m’affecte plus encore que les lois qu’il signe. De même quant à Yitzhak Rabin, Premier Ministre d’Israël, qui fut assassiné par un concitoyen. Je n’accepte pas tout ce qu’il a dit et fait, mais il est mort pour la paix. Voilà sa parole, son geste, sa mémoire.

Ces jours-ci nous célébrons la Paque. C’ est un évènement dans le passé, comme la création du monde, mais il est toujours présent. La puissance de des paroles de Jésus et silence de sa mort me touchent au vif.

Nos mots de tous les jours, nos actions deviennent des paroles et des gestes si l‘amour nous habite. Quittons la sagesse humaine. Suivons la folie divine.

Posted in Uncategorized | Leave a comment

Émerveillement et bonheur ineffable, SBS Radio, Pâques, 1999

SBS Radio,

1999

Message de Pâques

Un moment saint, d’émerveillement et de bonheur ineffable.

Des cinquante-deux semaines de l’année, une seule est dénommée sainte, celle qui va du Dimanche des Rameaux au Dimanche de Pâques. Pour les chrétiens c’est la fontaine qui sanctifie le cours régulier du temps.

Le Dimanche des Rameaux, Jésus descend le Mont des Oliviers entouré de la foule joyeuse qui l’acclame. Il voit devant lui le panorama de Jérusalem, scène de toute beauté. Devant lui s’élève le Temple d’Hérode, plus magnifique encore que la superbe Mosquée que nous voyons aujourd’hui. La forteresse du gouverneur romain, Ponce Pilate, domine le Temple comme pour l’écraser. Jésus aurait pu voir les maisons des riches et les taudis des pauvres. On peut penser qu’il voie aussi les heurs et les malheurs de tous les temps, car il est venu au monde partager le sort humain et annoncer la bonne nouvelle.

Pendant les jours qui suivent son entrée à Jérusalem il fait savoir aux apôtres qu’il prévoit tout ce qui va lui arriver. Il leur annonce la trahison de Judas et le reniement de Pierre. Il leur annonce sa mort et leur assure en même temps que le tombeau ne peut le retenir. Il va consciemment à sa mort car il veut partager le bien et le mal, la joie et la douleur du monde pour ainsi devenir le sauveur de tous. Il ne peut se dire vraiment humain que s’il partage le sort de tous les hommes. Rien ne doit être caché à ses yeux. De même il s’expose au regard de tous. Élevé sur la croix au bord du chemin on va le regarder. On peut imaginer les soldats et les passants lui regarder droit dans les yeux pour y discerner la douleur qui le harcèle. Voyaient-ils aussi la lueur de connaissance qui vient seul à celui que se sacrifie pour ceux qu’il aiment. Enfin ses yeux se ferment et il est mis au tombeau pour ne plus voir la clarté du jour.

Mais c’est le dimanche de la résurrection. Jésus ne peut rester au tombeau car si Dieu est fidèle aux infidèles et pardonne ce qui est impardonnable, il est surtout fidèle au juste et aime l’amant. De tout son être Jésus est fidèle envers les hommes et Dieu. De tout son corps il sera donc ressuscité à la gloire de Dieu et au salut des hommes. Voilà ce que nous célébrons ce Dimanche de Pâques.

De nos jours où tout se calcule et se compte, il est malaisé d’apprécier la sainteté qui est d’un ordre tout à fait différent. Je souhaite que chacun qui m’écoute ait déjà aperçu en sa vie une occasion qui fut pour lui un moment saint, un lieu de révélation, d’émerveillement et de bonheur ineffable, car cet instant est le centre d’une vie et lui donne son sens. Je souhaite que le chemin de notre vie nous laisse dépasser la beauté et la laideur du monde pour contempler la clarté de Pâques et la gloire de Jésus ressuscité. Que cette Paque soit pour nous tous joie et sainteté.

Posted in Uncategorized | Leave a comment