2006, SBS Radio, Christmas, ‘Who are you?’

2006           SBS           Noël           Le regard de l’enfant

Un jeune couple est venu me voir récemment au sujet du baptême de leur petite fille. Leur garçon âgé de trois ans les accompagnait et me regardait avec ce regard clair des enfants. C’est comme s’il me posait la question, ‘Qui êtes vous ?’, ou bien, ‘Chez vous, de quoi est-ce qu’il s’agit?’. Le regard lumineux de l’enfant, qui s’appelait James, réclamait un retour de regard qui serait aussi clair et honnête. C’était une rencontre en silence. Cela me rappelait le poème de Victor Hugo que mon père récitait souvent. En voici quelques vers:

Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris.
Son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
Innocent et joyeux. […]
Enfant, vous êtes l’aube et mon âme est la plaine.

Ce même regard est jeté par tous les enfants sur le monde et nous pose à tous la même question, « Chez vous, de quoi s’agit-il ? » La fête de noël célèbre la naissance de Jésus. De l’étable où il fut né il aurait posé la même question, « Qui êtes vous ? » « Où est votre cœur? »

André Malraux, écrivain célèbre du siècle passé, disait, « Le siècle prochain sera religieux ou il ne sera pas .» Il contemplait les athéismes de son temps, le fascisme, le nazisme, le communisme et concluait qu’ils étaient incapables de garantir l’avenir humain. On croyait à l’époque que la religion était en voie de disparition et que l’existentialisme suffirait. Mais non, le fait religieux est redevenu de première importance. Certains diraient même, cyniquement, que si ce siècle est religieux il ne sera pas, car en effet on voit les extrémistes de toutes sortes, chrétien, juif, musulman, hindou. Mais on voit aussi la rencontre de plus en plus ouverte entre les religions. Juifs, chrétiens, hindous, musulmans, bouddhistes, tous s’ouvrent l’esprit et trouvent une profondeur qu’ils ne soupçonnaient pas exister. Le dialogue entre les religions est un signe d’espoir.

C’est l’action de l’enfant Jésus qui ouvre les bras pour accueillir l’humanité entière. Les extrémistes s’imposent, mais l’enfant Jésus se propose. Il se donne. Les petits bras qui ne peuvent alors rien faire s’ouvriront par la suite pour inviter les épuisés. Il dira un jour, « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. » (Mt 11.28) Ses lèvres, qui s’apprêtent dans le berceau à recevoir le lait de Marie sa mère, s’ouvriront sur la croix pour boire le vinaigre. A Bethlehem il est le nouveau né, mais devenu adulte il s’écriera devant la foule rassemblée au temple, « Avant que Abraham existât, Je Suis. »

Le vacarme cesse quand nous nous approchons de la mangeoire. La noël est redevenu le secret des chrétiens, car le monde consommateur oublie la raison de la fête. Le père Noël promet les cadeaux mais l’enfant de Bethlehem est lui-même le don divin. Simple, accessible, silencieux, il nous attire, car la naissance de Jésus nous promet notre propre renaissance.

Mais le jour de noël peut être aussi une journée triste lorsqu’on reconnaît la dissemblance entre la paix du berceau et les disputes familiales. De tous, Jésus vient partager le sort. Lui qui est accueilli par le chant des anges à Bethlehem sera condamné à mort sur la croix à Jérusalem. Il veut être le doux seigneur de tous, des vivants et des morts, des heureux et des malheureux. Il est devenu homme pour partager la condition de tous les hommes et les inviter à participer à sa joie. Voila son offrande à l’humanité.

Quel sera votre cadeau en cette fête ? Le seul don qui compte finalement est le don de soi. Que la paix de celui qui est fils de Dieu et fils de Marie soit toujours avec vous et les vôtres.

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2006, Radio SBS,  Pâques, La Parole

2006, Radio SBS,  Pâques, La Parole

Le Scheik Fehmi Naji el-Imam, secrétaire du ‘Conseil d’Imams’ à Melbourne et personnage très respecté, nous a dit un jour, lorsque nous prenions le thé après une ‘conversation’ où peut-être vingt personnes se sont réunies : il a dit qu’il sentait qu’  « une parole s’était passée entre nous.» De fait nous sentions tous que quelque chose de profond s’était passé, une parole qui était à la fois silence et plénitude. Pourrait-on dire que la Parole, le Verbe de Dieu, s’est fait entendre parmi tous les mots échangés ce jour-là ? On avait l’impression de s’appartenir parce qu’on s’était partagé la Parole. Nous nous appartenions, Musulmans et Chrétiens. L’appartenance était double.

Deuxième anecdote : une belle photo fut publiée récemment dans le journal diocésain catholique qui s’appelle Kairos. Elle fut prise à l’occasion de la célébration à Melbourne du quarantième anniversaire d’un document important du Deuxième Concile du Vatican sur les rapports entre l’Eglise et les religions. Cette photo montre un participant déjà âgé et une jeune musulmane vêtue en hijab. Ils s’entretiennent sur le thème de la journée. Un regard de respect et de joie anime leurs visages. Les différences d’âge et de religion sont dépassés par ce qui est à leur origine, une présence, une Parole divines. Les disputes anciennes disparaissent. Ils communient en la Parole de Dieu, et se la communiquent. Un instant éternel les tient.

La foi chrétienne proclame que Jésus, la Parole divine, qui fut exprimée de différentes façons dans les grandes religions, s’est fait chair à Bethléem et fut crucifié à Jérusalem.

Parmi tous les grands personnages spirituels lui seul fut crucifié. C’est ce que nous célébrons chaque Pâques. Il a connu la joie et la détresse humaines, il a connu le bien et le mal, le ciel et les enfers. Il est trahi et mis à mort mais ce n’est pas malgré lui. Au contraire il prévoit son sort et le choisit. Il est le Verbe fait chair et vulnérable. C’est en subissant les extrêmes qu’il deviendra ce qu’il est : la Vérité universelle. Il est la Parole adressée à l’humanité entière, aux vivants et aux morts.

On sait que la chair fait un puissant appel à la chair. A la Sainte Cène, la veille de sa passion et chaque jour à la Messe, il nous donne sa chair comme nourriture, et cela nous touche profondément. Le cœur humain est ému par son coeur totalement humain. Il fable l’Ineffable. Jésus, le Verbe fait chair, nous emmène doucement dans le silence infini. En lui la chair humaine peut atteindre le Cœur de Dieu.

Le Jeux du Commonwealth qui se sont terminés il y a quelques jours, sont comme un symbole de la Fête Pascale. A ces occasions, lorsque un athlète reçoit une médaille d’or, ses concitoyens lancent des cris de joie. L’athlète a gagné ; eux aussi ont gagné. Ils ne font qu’un. Les autres athlètes embrassent le gagnant et, pour ainsi dire, forment un seul corps avec lui. L’athlète a remporté la victoire par un grand effort et après une longue période d’entraînement, mais tous participent à la victoire. Sa joie se communique à tous les spectateurs. On danse même de joie.

Les Jeux sont comme un symbole de la victoire de Jésus qui, par la douleur de sa passion a remporté la victoire sur le péché et tout ce qui barre l’accès au bonheur infini de Dieu. Il est la Parole qui révèle Dieu en toute plénitude. La joie de Jésus est la nôtre. Sa victoire est la nôtre. Il a gagné : nous avons gagné aussi. Nous ne faisons qu’un seul corps avec lui. Avec lui qui fut élevé sur la croix, nous montons au ciel dans un jaillissement de béatitude infinie.

Que ce sentiment de victoire et de joie s’installe chez vous en permanence. Que cette paix soit avec vous cette Pâque.

 

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2005, Radio SBS, Easter, The sign of the empty tomb 

2005, Radio SBS, Pâques, Deux Livres: The Da Vinci Code et Jesus lived in India

Le livre de Dan Brown, The Da Vinci Code a connu un succès fou. En somme ce roman propose que Jésus ne soit pas mort mais qu’il ait survécu à ses souffrances et soit parti vivre avec Marie Madeleine en France où son tombeau se trouverait quelque part et où sa descendance vivrait toujours. En somme le livre propose au lecteur un genre de tantra simpliste.

J’étais en Inde au mois de février passé à Bénarès, la ville sainte. L’étalage d’une librairie exposait le livre The Da Vinci Code et à son coté un livre de Holger Kersten, Jesus lived in India qui, par contre, propose que Jésus échappa à la mort et partit vivre en Cachemire. En somme le livre propose un bouddhisme tronqué. On a donc le choix, la France ou le Cachemire. A cela il faut ajouter le Japon car il y a quelques années un livre est paru proposant que Jésus a atteint le Japon où il est mort. La France, le Cachemire, le Japon – lequel ? Mais la tradition chrétienne enseigne que Jésus est monté au ciel qui n’est pas un autre pays. Le mot ‘ciel’ dans l’Ecriture Sainte signifie la présence divine. Le rapport entre Jésus et Dieu est complet et sans faille.

Les évangiles sont d’accord : le tombeau de Jésus est vide. Son tombeau, dès le début, devint un lieu de pèlerinage à tel point que, au deuxième siècle de notre ère, les Romains essayèrent de l’effacer en construisant sur son emplacement un temple dédié à une divinité du panthéon romain. Mais au quatrième siècle le tombeau fut dégagé par Hélène, la mère de Constantin, premier empereur chrétien.

Le tombeau est vide. Il n’y a pas d’autre lieu qui contiendrait les ossements de Jésus. Pour beaucoup de gens il est inconcevable que quelqu’un soit envoyé de Dieu et soit le Dieu-homme. Il est inconcevable que quelqu’un dépasse toutes les dimensions et entre pleinement en la présence du Dieu transcendant. C’est trop beau. Un tel bonheur n’est pas à souhaiter. Humilié, rejeté, crucifié – cela on peut l’admettre, mais ressuscité, glorifié ! Ah, ça non!

Les deux livres Le Code Da Vinci et Jésus Vécut en Inde ne perçoivent pas à quel point l’Evangile chrétien diffère du tantra et du bouddhisme classiques, si valables que soient ces points de vue.

Selon la tradition chrétienne la résurrection de Jésus signifie le renversement complet des choses : mis à mort par la cruauté des hommes il vit par la faveur de Dieu ; rejeté comme blasphémateur par les hommes il est désigné comme Christ par Dieu ; humilié pour un temps il est glorifié à toujours. Rien ne lui est étranger, ni la joie ni la souffrance, ni la vie ni la mort. Il n’est indifférent à personne; son regard est sensible à tout. Le camphre est utilisé dans les rites hindous car il brûle et dépense sa lumière sans laisser de traces. De même Jésus ne laisse pas de restes après son tourment. Il est mort complètement, mort pour tous, mort par amour pur. Voilà la bonne nouvelle que l’Eglise célèbre à cette époque. Son martyre est un geste fait par amour pour son peuple, les Juifs, et pour le genre humain entier. La pâque comporte une joie que rien ne peut enlever. Peut on supporter une telle joie ? J’espère et souhaite que cette joie jaillisse en vous cette pâque. Jésus n’est plus retenu par la mort mais dépasse toutes les limites ; son cœur est ouvert à tout le monde. Que vos cœurs se gonflent et s’ouvrent, déversant la joie au monde entier. Que la paix du Christ ressuscité se trouve chez vous et les vôtres.

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2004, Radio ZZZ, Christmas, Jesus the refugee  

   2004   Radio ZZZ , Noel, Jésus l’exilé                            

On parle beaucoup ces jours-ci au sujet des réfugiés qui traversent l’océan indien par bateau chercher un asile en Australie. Ils viennent en grand nombre de l’Afghanistan, de l’Iran, de l’Iraq et ailleurs à tel point qu’on ne sait pas exactement quoi faire. Sont-ils légitimes ou non ?

Ces refugiés nous rappellent, à un certain point, le cas de Jésus lui-même qui a connu l’exil.

On connaît l’histoire. Hérode le Grande, roi de Judée, averti par les rois mages craint la naissance à Bethlehem du roi des juifs. Hérode, il faut le savoir, a fait assassiner sa propre femme et trois de ses fils de peur qu’ils ne lui usurpent le trône. Joseph, averti par l’ange, prend Marie et l’enfant nouveau-né et part immédiatement pendant la nuit pour l’Egypte, à travers les déserts qui séparent le Nil de la Terre Sainte. Jésus connaît donc, très jeune, la peur et l’exil. Il connaît le dépaysement et le désarroi des réfugiés. Mis en danger, il connaît la peur de la façon confuse des enfants qui pleurent sans savoir pourquoi. Lui le Verbe fait chair connaît la détresse humaine.

Mais à la différence de tous les hommes, il a choisi de venir en ce monde apeuré. Il est venu du ciel, nous dit la foi chrétienne, partager le sort des hommes. Nous célébrons donc ce noël la compassion du Fils de Dieu qui veut partager nos souffrances humaines pour nous en libérer. On ne saurait croire en un Messie qui ne connait pas la tristesse du monde.

Lorsqu’on se recueille devant la crèche construite dans toutes les églises et installée dans beaucoup de foyers chrétiens, on s’approche de l’enfant qui vient parmi nous, comme une fleur dans le désert, gage de tendresse, compatissant, qui partage notre condition humaine et nous assure le salut. Il vient parmi nous pour nous libérer de la peur et nous conduire là où se trouve notre foyer authentique, au sein du Père éternel. Il vient en cette vallée de larmes pour nous donner le bonheur qu’il manifeste en sa propre chair toute fraiche. C’est lui le jardin du paradis, la fontaine de jouvence, le lieu d’asile. Il nous fait entrevoir l’amour du Père.

Après la mort d’Hérode, donc après un séjour plus ou moins long en Egypte, Joseph ramène Marie et Jésus en Terre Sainte, mais il n’ose pas s’installer à Bethléem car Archélaos, fils d’Hérode, est maintenant roi en Judée, tyran maléfique comme son père. Joseph part loin dans le nord du pays s’installer à Nazareth, petite bourgade sans aucun intérêt à l’époque.

On peut de se demander quel accueil la sainte famille reçut en Egypte comme à Nazareth ? Car les exilés sont vulnérables. Ils ignorent les coutumes, on se méfie d’eux.

L’Australie peut se vanter à bien des égards, mais la gloire principale de notre pays est d’avoir reçu des gens de toutes les nations et de toutes les races du monde. Nous formons en général un pays harmonieux et souvent sans préjugés.

Nous fêtons à cette époque la naissance de Jésus, exilé du ciel, exilé de la Terre Sainte, exilé de Bethléem. Lorsqu’on rencontre un exilé, Jésus nous demande de le recevoir avec douceur. Il nous dira le jour du jugement : ‘J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. … Venez, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde.’

Je souhaite à tous et à toutes un noël de paix et de joie.

 

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2004, Radio SBS, Christmas, Silence


2004 SBS           Noël – Silence  

Il y a quelques jours on s’est réuni, nous les paroissiens des Eglises catholique, anglicane, baptiste et Uniting Church, sur la pelouse près des magasins du ‘Concourse’ à Beaumaris. On s’est réuni pour raconter ensemble notre histoire, c’est-à-dire la bonne nouvelle de notre Enfant, Jésus né de la Vierge Marie. Comme dit le prophète Isaïe : «Oui ! Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ». Et un grand silence est descendu sur nous, au milieu de la bagarre des magasins.

Cela me rappelle la visite des bergers. Vous connaissez l’histoire. La nuit où Jésus fut né dans l’étable à Bethlehem, les chœurs célestes se manifestent et l’ange du Seigneur annonce aux bergers la grande joie pour tout le peuple: « Le Christ, le Sauveur est né. » Les bergers se hâtent et trouvent l’enfant avec Marie et Joseph. Devant Lui les bergers se taisent. Plus besoin de rien dire. Tout a été dit, car l’Enfant est le Verbe révélateur et sa présence manifeste le Dieu qui dépasse tous les mots. Voici le paradoxe de Noël : l’Enfant qui ne dit rien révèle tout. C’est aux bergers, hommes rustres, que la bonne nouvelle est annoncée. Tout est grâce.

C’est avec raison qu’on chante «Douce nuit, sainte nuit ». Le silence est le caractère principal de cette fête ; silence et humilité. On n’entre dans le mystère de Bethlehem qu’en devenant humble et calme, car les puissants de la terre sont faibles devant la puissance divine De fait, de nos jours encore, pour entrer dans la basilique de la Nativité à Bethlehem il faut se courber, car la porte est basse et étroite. Elle fuit construite de cette façon pour empêcher les orgueilleux cavaliers d’entrer dans la basilique à cheval. Pour célébrer la Noël il faut se convertir et devenir enfant, simple, le cœur et l’esprit ouverts, capables d’émerveillement.

Je reviens justement de la cour, c’est-à-dire du Victorian Civil and Administrative Tribunal, où le Juge Michael Higgins a déclaré ce matin en faveur du Conseil Islamique de Victoria qui a porté plainte contre un groupe fondamentaliste chrétien qui, au jugement du Magistrat, a diffamé l’Islam. Des représentants des Eglises catholique, anglicane et protestante ainsi que des membres du Judaïsme progressif et leur rabbin y ont assisté et se sont mis en solidarité avec les Musulmans. Il me semblait que l’esprit de Bethlehem s’établissait de nouveau dans notre groupe rassemblé en paix et amitié.

De nos jours on peut craindre le mois de décembre: la saison folle. Mais les gens veulent se réunir en famille pour trouver l’harmonie et la grâce. On ne sait pas toujours comment y parvenir. C’est pourquoi Jésus nouveau-né commence déjà, alors même qu’il dort, à bouger ses lèvres. Bientôt, lui la Parole de Dieu, commencera à apprendre la langue de son peuple et trouver les mots par lesquels il pourra révéler le chemin à suivre pour trouver ce bonheur qui seul peut satisfaire. Devenu adulte il dira – « Bienheureux les pauvres … bienheureux les doux et ceux qui ont soif de justice, bienheureux ceux dont le cœur est pur. » « Aimez-vous, les une les autres. » « Aimez vos ennemis … souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent ». Voilà la vraie puissance, la joie authentique.

Que la paix silencieuse de l’étable taise le bruit des guerres et le fracas de la vie actuelle. Que cette paix s’établisse au plus profond de votre âme et devienne un puits de silence d’où surgiront en vous les mots de bénédiction pour tous ceux qui vous aborderont cette année. Que la paix soit avec vous tous.

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2004 SBS Radio, Easter, The Eye,

2004 Radio SBS, Pâques, L’œil

Le filme de Mel Gibson, La Passion du Christ, est fortement discuté à l’heure actuelle. Les uns protestent contre la brutalité extrême du filme. D’autres en sortent très émus. Mel Gibson présente les évènements selon ses propres idées – il est à la fois poète et cinéaste et on sait que le filme ne remplacera jamais le récit évangélique qui reste, depuis deux mille ans, le médium le plus puissant.

Je n’entre pas dans la controverse, mais j’aimerais signaler ce qui m’a frappé le plus dans ce filme, c’est-à-dire l’œil de Jésus, je veux dire bien sûr de l’acteur qui joue le rôle de Jésus. L’œil droit est à demi clos à la suite d’un coup sur le visage, mais l’œil gauche fait voir l’intelligence de Jésus qui sait exactement ce qui se passe et l’accepte volontiers. On y voit le regard clair, souffrant mais calme et limpide car Jésus sait bien que tout ce qui se passe est voulu par Dieu et Jésus lui-même le veut aussi.

Le thème de l’œil est annoncé dès le début du filme qui montre une partie de l’icône russe célèbre de la Vierge, tout juste l’œil gauche et le nez. C’est comme si l’œil de Marie mère de Jésus se transmettait à son fils, l’œil de la connaissance.

Nous les spectateurs, nous supportons mal la vue d’une telle souffrance. Elle nous épuise et on veut en finir. Mais on sait que même de nos jours ces scènes se répètent. L’homme est maltraité par l’homme. La torture se pratique en nombre de pays. Si ce filme réussit à nous faire comprendre ce qu’est la torture et nous incite à protester contre cet abus, il aura bien réussi.

Nous célébrons ces jours-ci le mystère pascal de la mort et de la résurrection de Jésus. Sa passion n’est pas un accident mais est choisi; elle n’est pas un évènement politique mais religieux. Les évangiles sont bien clairs à cet égard. La mort de Jésus n’est pas une liquidation mais un sacrifice, non pas un malheur mais le salut rédempteur.

Le peuple saint, l’empire romain, les disciples aussi et l’humanité entière y sont impliqués. Si tous sont impliqués, tous en bénéficient.

De nos jours aussi chacun est responsable en quelque sorte de la condition de chaque homme. On ne peut plus détourner le regard et protester qu’on n’y a rien à voir. Le malheur du plus inconnu me touche aussi. Mon regard sera-t-il indifférent ou intelligent, dur ou compatissant. Car l’œil révèle l’âme et la clarté qui nous habite éclaircit le monde que nous habitons.

Enfin, Jésus meurt et à l’instant-même de sa mort, dans ce filme de Mel Gibson, c’est comme si une larme tombait du ciel. Gibson, poète, suggère par là que c’est Dieu qui pleure son Fils bien-aimé. L’avant-dernière scène du filme nous présente Marie qui tient son fils dans ses bras et qui nous regarde, ses yeux pleins de douleur et d’intelligence. Parmi tous les participants de ce drame c’est elle seule qui comprend vraiment ce qui se passe et le partage pleinement.

Mel Gibson a du mal à présenter la résurrection, mais comment présenter cinématiquement ce qui dépasse l’imagination humaine ! On voit du dedans le tombeau la pierre qui se détache. C’est comme si l’œil s’ouvrait. L’heure des ténèbres est finie et la clarté du jour remplit le tombeau. Jésus qui, selon le crédo est Lumière née de la Lumière, qui fut pour un temps réduit au néant, revit. Il a tout vu, et le bien et le mal, et le ciel et les enfers. La connaissance plénière se trouve maintenant chez le Dieu-homme et se communique à la terre entière.

Le filme de Mel Gibson, et je n’insiste pas sur ses défauts, peut nous rappeller ce que les chrétiens célèbrent à Pâques. Que la clarté et la joie du Ressuscité demeure chez vous et illumine chaque aspect de votre vie. Que notre regard soit à jamais compatissant et calme.

 

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2003, SBS Radio, Easter, Transcending life and death

2003   SBS     Pâques

 Le Pape Jean-Paul II a souvent dit qu’une guerre contre l’Iraq en les circonstances actuelles serait injuste. Tous les chefs de toutes les Eglises ont enseigné la même chose. Ils ne se mêlaient pas à la politique ; ils parlaient uniquement du point de vue moral. Mais on écoute peu les prophètes.

Les armées américaines, britanniques et australiennes ont remporté la victoire militaire, mais les conséquences sont à craindre.

A peu près cent ans avant la mort de Jésus, le célèbre général romain, Pompée le Grand, a conquis la Syrie et a pris la ville de Jérusalem. Bien que des roitelets tel que Hérode semblaient régner, le vrai pouvoir restait avec Rome. Le people juif résistait, sournoisement ou par des émeutes, à l’occupation romaine, mais inutilement car l’emprise des légions était formidable.

Jésus vit donc sous le joug romain et son enseignement doit être compris tout d’abord en ce contexte. Hospitalier à tous, il se mélange même avec les pécheurs et les publicains, c’est-à-dire avec les collaborateurs du pouvoir romain. Il dit à ses disciples, “quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends lui encore l’autre; veut-il … prendre ta tunique, laisse-lui même ton manteau; te requiert-il pour une course d’un mille, fais-en deux avec lui” (Matt.5.39-41). “Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs.” (Matt 5.44)

Jésus est capable d’enseigner ainsi parce qu’il transcende la vie et la mort ; il en est le maître. Il se connaît, et il laisse entendre qu’il est Fils de Dieu, Lumière née de la Lumière. Jésus sait bien le danger qu’il encourt en enseignant ainsi. On le condamnera comme blasphémateur. Les évangiles nous rapportent qu’il prévoit clairement son sort, et qu’il le choisit. Il se sacrifie car il sait que sa mort, c’est-à-dire l’anéantissement du plus saint et du plus juste sur la terre, achèvera le salut de monde. Nous abordons le mystère pascal qui révèle le rapport étroit et paradoxal entre le bien et le mal, le péché et la grâce, la vie et la mort.

Jésus est donc levé à la vue de tous sur la croix. Immobilisé par les clous et couronné d’épines il semble vaincu et abandonné même par le Dieu de son people. Mais son Dieu le veut ainsi et Jésus le veut ainsi. Il sait que l’homme pécheur a soif du sang. L’homme veut voir le sacrifice pour se soulager du fardeau du péché. Jésus veut que cette vue horrible suffise à notre besoin.

Il faut donc, et surtout à l’heure actuelle, contempler l’image de Jésus crucifié, en saisir toute l’horreur et par ce fait retrouver la paix. Le cœur humain redevient alors compatissant et doux. On ne veut plus blesser et meurtrir. S’il faut faire violence pour éviter une pire violence, c’est avec le cœur lourd et par nécessité absolue. La guerre juste est possible mais rare. La Pâque est la fête de la paix. Nous prions donc, avec tout notre cœur que la paix se répande sur le Moyen Orient et surtout sur Jérusalem, la ville où l’œuvre de la paix fut achevé. Que la paix soit aussi en vos cœurs et chez les vôtres cette semaine sainte.

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