Ma découverte du Shivaïsme de Cachemire.

Ma découverte du Shivaïsme de Cachemire.

Ce fut un long voyage. Quand je suis entré au séminaire tout semblait simple et bien en ordre. Mais une semaine auparavant, Jean XXIII annonça sa decision de convoquer le Deuxième Concile du Vatican. Les années qui suivirent marquèrent une vaste transition de l’isolement de l’Eglise à l’ouverture passionante du dialogue interreligieux. Ce fut pour moi un voyage jalonné de questionnements et de discernement, un voyage solitaire car peu de gens m’accompagnaient.

Je n’ai pas voulu mener une vie religieuse bien qu’elle m’offrait bien des avantages. Je voulais plutôt rendre témoignage au centre de l’assemblée eucharistique et parler des choses de Dieu au peuple de Dieu.

Je lisais les grandes oeuvres de spiritualité et me sentais toujours attiré plus vers l’est: à Palamas, à Grégoire de Nazianze, à Grégoire de Nysse. J’ai étudié le yoga et j’ai lu quelques grands textes hindous et quelques oeuvres de Jean Varenne, indologue réputé. J’ai demandé conseil à Bede Griffiths O.S.B and à Thomas Matus O.S.B. Camaldoli. Mais la grande découverte fut le Shivaïsme du Cachemire qui a fleuri vers l’an mille et a fleuri de nouveau sous la direction du grand Swami Laxman Joo décédé il y a quelques années. Lorsque je lisais les textes et leurs commentaires par Lilian Silburn et Jaideva Singh une résonnance très belle bourdonnait au plus profound de mon être. Une phrase, même un seul mot lu en passant, vibrait comme une note d’orgue. C’était le Verbe qui retentissait dans mon coeur.

Pour bien comprendre les textes je me mis à étudier le Sanskrit et avec le soutien de l’Archévêque j’ai complété une dissertation doctorale sur le Shivaïsme du Cachemire. Je voulais en avoir une connaissance égale à ma connaissance des Ecritures que j’avais enseignées à l’Institut.

Je connaissais donc une double résonnance ou plutôt une seule Résonnance aperçue différemment en deux sens – les Ecritures de la foi chrétienne et les écrits du Shivaïsme du Cachemire. J’ái expérimenté le dialogue interreligieux tout d’abord en moi-même.

Cela ne s’est pas fait sans reflexion. Est-ce que je reniais à la foi chrétienne que je suivais depuis mon plus jeune enfance? Etait-ce une tentation? Mais le joie qui me venait était paisible. Le ciel se dégageait plus largement lorsque les traditions se recontraient; le mystère divin paraissait d’autant plus merveilleux. Je ressentais une vitalité, une liberté, une innocence, un sentiment de salut.

L’absence d’un maître, d’un gourou, fut un problème. J’aurais tiré grand profit à m’assoir aux pieds d’un pratiquant avisé et expert dont le coeur était large comme le Verbe, mais j’habite un pays lointain où le dialogue interreligieux ne fait que commencer.

Il était logique que je passe du dialogue intrareligieux – mot introduit par Raimundo Panikkar – au dialogue interreligieux. En Australie, qui est un continent, les quelques monastères éparpillés ne peuvent à peine faciliter le dialogue interreligieux de sorte que les laïques et ceux qui ne sont pas moines doivent jouer un rôle plus important.

Le groupe de méditation que je dirigeais a établi le ‘East-West Meditation Foundaion’ pour aborder le dialogue de l’expérience interreligieuse. On s’est mis à rencontrer les membres d’autres traditions, à les acceuillir au foyer de l’hospitalité chrétienne et à partager avec eux des moments de méditation et à les écouter même si on n’était pas toujours d’accord avec ce qu’ils disaient. C’était bien parce que nous avions quelque expérience du Logos en nous-mêmes que nous pouvions voir plus clairement la base substantielle de leurs traditions. De même, on rendait témoignage à la foi chrétienne et montrait quelque chose de la Bonne Nouvelle qui nous inspirait.

Dans ce contexte je ressentisais de nouveau la résonnance que j’avais connue auparavant: la Parole qui fut exprimée de façons différentes chez les grandes religions et qui s’est fait chair à Bethléem.

Ce dialogue de l’expérience nous a laissé voir plus clairement ce qui appartenait à l’essence de la foi chrétienne et ce que l’histoire a surajouté. Le choc des points de vue contraires a découvert le dépôt de l’Evangile où tant de richesses restent encore cachées. Notre foi chrétienne ne fut pas affaiblie mais enrichie. Le bourdonnement du Verbe nous donnait envie d’approfondir notre conscience du Christ universel. En cessant d’avoir peur de l’étranger nous sommes arrivés à un amour plus universel. En devenant plus présent aux membres d’autres religions la Présence divine nous est devenue plus évidente. En les acceuillant nous nous sentions plus accueillis par notre Dieu.

A part les évènements de taille plus restreinte, nous préparons aussi des rencontres plus développées où se trouvent la meditation, le rituel, les discours, la discussion, la conversation et le repas partagé. Nous n’imposons rien, nous ne cachons rien. On ne domine pas, on ne discute pas. Nous acceuillons et écoutons, sans naïveté mais humblement, présumant que tous ont quelque chose de valable à dire. On n’essaie pas d’obfusquer ce qui est incompatible mais l’alliance de la charité est toujours maintenue. Le résultat en est toujours qu’une joie paisible se manifeste chez les participants, qu’ils soient chrétiens ou autres. Au delà des paroles et des symboles divers, le Verbe unique est apprehendé.

Le dialogue interreligieux est une évangelisation car Jésus est reconnue comme sauveur universel dans la mesure où ses disciples savent tout rassembler en unité. En voyant le disciples ouvrir les bras pour recevoir la diversité des traditions, le monde pourra percevoir plus aisément la présence du Verbe incarné, crucifié et ressuscité; et en le percevant accéder au coeur du Silence d’où le Verbe jaillit.

RP Jean Dupuche

542 Balcombe Rd.,

BLACK ROCK 3193

Australia

About interfaithashram

Rev. Dr. John Dupuche is a Roman Catholic Priest, a senior lecturer at MCD University of Divinity, and Honorary Fellow at Australian Catholic University. His doctorate is in Sanskrit in the field of Kashmir Shaivism. He is chair of the Catholic Interfaith Committee of the Archdiocese of Melbourne and has established a pastoral relationship with the parishes of Lilydale and Healesville. He is the author of 'Abhinavagupta: the Kula Ritual as elaborated in chapter 29 of the Tantraloka', 2003; 'Jesus, the Mantra of God', 2005; 'Vers un tantra chrétien' in 2009; translated as 'Towards a Christian Tantra' in 2009. He has written many articles. He travels to India each year. He lives in an interfaith ashram.
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2 Responses to Ma découverte du Shivaïsme de Cachemire.

  1. Cher Sono Ignoramus
    Votre message me fait grand plaisir. Je peux vous envoyer le livre si vous me laissez savoir votre adresse postale. Les coordonnés de mon courriel: jeandupuche@gmail.com
    Bonne journée,
    Jean

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  2. Sono says:

    Dear John,
    je suppose que vous utilisez le nom de Jean-Robert quand vous écrivez en français.
    (et je suppose que vous êtes aussi RP Jean)

    Votre écrit « Vers un tantra chrétien » m’interpelle énormément.
    Il m’a permis de prendre conscience et d’effacer une forte croyance que j’avais à l’encontre du Christianisme. Je vous en remercie.
    Y-a-t-il moyen d’avoir une copie imprimée de ce votre travail magnifique ?

    Je vous remercie de votre temps, de vos partages et de votre réponse quelle qu’elle soit,

    Sono Ignoramus

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