L’homme n’est pas sauvé s’il est sauvé par autre que l’homme. French-Australian Association, Mass, 1989

French-Australian Association

1989

St Patrick’s Cathedral

L’homme n’est pas sauvé s’il est sauvé par autre que l’homme.

L’année passée nous avons célébré le bicentenaire de la colonisation européenne de l’Australie. Cette année-ci nous célébrons le bicentenaire de la révolution française. L’Association Franco-australienne se trouve entourée de célébrations.

L’un de ces évènements a fondé une prison, un goulag, au bout du monde; l’autre a établi les droits de l’homme dans ce qui était, pourrait-on dire, la capitale de l’occident.

Deux évènements bien différents, mais aussi assez semblables. L’ancien régime était comme le juge injuste de l’évangile qui ne craignait ni Dieu ni l’homme et n’écoutait pas la plainte de la veuve qui demandait justice. De même pour les prisonniers de Botany Bay ; rejetés de leur terre natale, ils se croyaient abandonnés par Dieu. Qui pourrait bien les sauver de cette prison au bout du monde. Pour survivre il fallait durcir et la peau et l’âme.

Puisqu’il semblait que Dieu n’écoute pas, que ce Dieu injuste détourne ses yeux de la détresse humaine, ii fallait chercher le salut ailleurs. Chez les uns, la raison allait garantir le bonheur des hommes; chez les autres, c’est le refus de tout espoir. Seulement en refusant tout espoir de choses plus grandes pouvait-ils se contenter du peu de bien qui leur arrivait.

Les philosophes prônaient la raison. La raison soutenait volontiers qu’il y a un Dieu créateur de l’univers qui avait prévu tous les besoins. La Providence a voulu que tout soit à la main de l’homme pour son bonheur. Il fallait seulement que l’homme découvre, par son intelligence, les moyens nécessaires. C’est le déisme du siècle des lumières. Pas de question de prier ce Bon Dieu. Il était plus lointain que le roi soleil à Versailles. Pas de question de s’en approcher. La prière était donc inutile face à l’injustice.

L’Église a commencé par soutenir la révolution. Le début de la révolution, c’est à dire, le rassemblement des États Généraux, commença par une procession du très Saint Sacrement. Par la suite, l’Église en a pris peur, à la vue des excès. Cet enfantement terrible – les massacres, la destruction des monastères, la refonte totale de la société sur la base de la raison, les fêtes religieuses au Champ de Mars conçues par Robespierre – était scandaleux. La révolution avait l’air d’un monstre à cause de cet enfantement du monde moderne accompagné d’une telle perte de sang.

Il a fallu un siècle pour que l’Église s’adapte à la démocratie. On n’abandonne pas si facilement une façon de voir vieille de 15 siècles. Maintenant l’Église se propose comme défenseur de la démocratie. La révolution française a fait la révolution de l’Église.

De même il a fallu un deuxième siècle pour que l’Église puisse voir les vérités cachées dans le marxisme. Il n’est pas facile de changer de point de vue, de rester fidèle aux vérités reçues et en même temps d’accepter les vérités nouvelles.

Le quatorze-juillet passé, deux siècles après la prise de la Bastille, on se réunissait sur la Place de la Concorde. Cette fois-ci, sur le balcon de l’Hôtel de la Marine se trouvaient, non pas un roi, mais les chefs des sept nations industrialisées majeures. En bas sur la Place s’assemblaient des gens en grande partie venue des pays en voie de développement. Celle qui chantait La Marseillaise n’était pas une actrice européenne, mais une négresse habillée du tricolore, grande et puissante. N’y voyait on pas une nouvelle féodalité, basée cette fois sur la puissance industrielle des nations du nord. Les pays du sud demandent la justice.

Quel est le rapport entre ces évènements et l’évangile qui nous est proposé aujourd’hui? La raison des philosophes refuse la prière. L’évangile nous dit, par contre, qu’il faut imiter la veuve qui ne cesse de prier. Quelle est donc cette prière? C’est la prière de la foi, la prière qui découle de l’union avec Dieu. Le Christ, qui est de la substance de Dieu, prie. II prie, il agit, il accomplit. La prière n’est pas marque d’impuissance mais la condition de ceux qui sont unis au tout-Puissant. La prière est la reconnaissance du rapport qu’on a avec le Dieu qui mène le monde à son destin. La prière ne consiste pas à adoucir la volonté d’un Dieu qui ne veut pas notre bien. La prière est l’union de nos volontés avec la volonté de Dieu, ayant avec lui, dès le début, la même volonté.

La raison ne suffit pas parce que l’homme est plus que raisonnable.

De tout temps l’homme est le vice-gérant de Dieu sur terre. Dieu ne fera rien sans l’homme. Inutile de la part Dieu de sauver sans l’aide de l’homme. L’homme n’est pas sauvé s’il est sauvé par autre que l’homme. Dieu refuse de sauver sauf par la main de l’homme. Nous voilà au centre de notre foi chrétienne : Dieu sauve par l’intermédiaire du Christ, le Dieu-homme, et de tous ceux qui sont de lui. Dieu écoute parce que l’homme écoute.

Nous allons, par contre, continuer à croire que Dieu n’écoute pas tant que nous sommes nous-mêmes sourds à l’appel de nos frères. Il est facile de croire que Dieu n’entend pas parce qu’on voit trop bien que l’homme soit sourd. Dieu n’est pas sourd. C’est nous qui refusons de subvenir aux besoins.

Aussitôt que nous nous tournons, en simplicité, vers nos frères en besoin, nous verrons que Dieu est bienveillant envers l’homme.

L’homme sera la source des biens de l’homme. Nous deviendrons nous mêmes Christ, Dieu-homme envers nos frères. Voilà l’humanisme chrétien. Le plus grand destin de l’homme est d’être capable de devenir comme Dieu.

Quand on étendra la main remplie de pain on prendra gout à faire les dons. On voudra donner ce qu’il y a de plus nourrissant, de plus excellent, de plus signifiant, ce qui nourrit l’âme, le cœur, le corps. Nous voudrons donner l’eucharistie, qui sera le début et la fin de toutes les révolutions.

 

Last year, we celebrated the bi-centenary of European colonisation. in Australia. This year is the bi-centenary of the French revolution which is commonly regarded as marking the start of the modem world.

At first the Church was in favour of the revolution but became traumatised by its excesses. It took some hundred years before the Church was able to accept the democracy of which we are now the ardent promoters. Likewise, it has taken another century for the Church to accept the many truths hidden in Marxism and to see its obligation to press for justice in the social order.

Both the Ancien Regime in France and the harshness of the Australian country seemed to make a mockery of any idea that God was concerned with mankind. Why pray since God seems unconcerned with our distress? Both men and the landscape remain unmoved by our tears.

Yet the Gospel encourages us to pray. Our prayer is not directed to one whose heart we would wish to turn in our favour. Our prayer is a union of will with him who has our destiny as his concern. Prayer is a union of wills.

At the same time, we cannot pray to God unless we listen to the prayers of those who call on him. Why should God show he listens to us when we are deaf to our brother’s plea? Once we have begun to hear the cry of the poor we shall notice how willing God is to hear. Once we have begun to be like him and listen to those in distress, we shall know what it is to pray.

The seeming silence of God is the great scandal of our century. If we listen to the poor who cry to heaven for help, we shall know that God is not nor has ever been deaf to prayer. We shall know that all is accomplished by prayer and nothing occurs without it.

About interfaithashram

Rev. Dr. John Dupuche is a Roman Catholic Priest, a senior lecturer at MCD University of Divinity, and Honorary Fellow at Australian Catholic University. His doctorate is in Sanskrit in the field of Kashmir Shaivism. He is chair of the Catholic Interfaith Committee of the Archdiocese of Melbourne and has established a pastoral relationship with the parishes of Lilydale and Healesville. He is the author of 'Abhinavagupta: the Kula Ritual as elaborated in chapter 29 of the Tantraloka', 2003; 'Jesus, the Mantra of God', 2005; 'Vers un tantra chrétien' in 2009; translated as 'Towards a Christian Tantra' in 2009. He has written many articles. He travels to India each year. He lives in an interfaith ashram.
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